Voici une branche de l'arsenal thérapeutique dont peut disposer le médecin et qui est malheureusement bien souvent totalement occultée lors des études à part pour nous inciter à nous en méfier. En effet, deux arguments forts s'opposent et se complètent : d'une part, la concentration est trop faible dans les plantes pour qu'il suffise de les prendre en tisane et d'autre part, on ne maîtrise pas la concentration exacte de chaque molécule (si tant est qu'on les connaisse toutes pour une plante donnée), ce qui ne convient pas à la théorie (qui se tient, je ne critique pas) du tout mieux de la molécule isolée au dosage ultra-précis.

Que répondre à cela : Oui, c'est vrai ! Cependant, cela ne justifie en rien le fait de ne pas les utiliser. Pourquoi cela ? D'une part, les plantes se révèlent tout à fait efficaces dans certains types de pathologies à un dosage non massif et que la plupart du temps, il n'est nul besoin d'avoir une concentration ultra-précise en principe actif pour éviter un effet toxique ou parvenir à la dose efficace. Cela peut devenir délicat pour certains plantes très utiles mais vénéneuses à très faible doses telles que la Belladone ou l'Aconit, mais encore une fois, on dispose de fourchettes de concentration en principes actifs  (et surtout toxiques)  dans la partie de la plante utilisée ou bien d'un titrage des préparations proposées en ces mêmes composés qui nous permettent d'adapter correctement les doses dans une marge thérapeutique étroite. A partir de ce moment, où se situe le problème ?

Le scepticisme, à mon sens, relève du fait qu'il est difficile de considérer la plante comme un autre médicament qui est monomoléculaire. En effet, pour le médicament monomoléculaire, on étudiera sa pharmacodynamie, sa pharmacocinétique, puis on fera le test sur les animaux et sur les humains. Le problème avec les plantes est que, pour pouvoir tester la pharmacodynamie et la pharmacocinétique, il y a deux solutions : réduire la plante au composé qu'on suppose actif (mais qui ne résume pas toute l'action de la plante) ou bien tenter d’établir une liste plus ou moins exhaustive des composés de la plante et les tester un par un, mais ce qui encore ne rendra pas compte de la complexité des mécanismes à l'œuvre, car quoi qu'on en dise, un principe bien établit en biologie nous dit que les propriétés d'un tout sont supérieures à la somme de ses éléments. Et même si quelqu'un affirme qu'il s'agit d'une maxime un peu trop simpliste, il suffit de penser à simplement deux composés, qui pris séparément donneront tels effets, mais qui ensemble, par des voies d'activation, de rétro-contrôle, de stimulation cellulaire, etc. qui importent pour l'action de l'autre molécule, mais qui n’est activée que par la première, donneront un effet supérieur ou pourraient par exemple annuler des effets indésirables. C'est pour cela qu'à mon sens, étudier les composés séparément est utile, et pourtant on ne peut pas dire : "attention dans cette plante il y a un composé cancérigène, donc il donnera le cancer", parce qu'il existe peut-être un composé qui module cet effet.

Un exemple d'annulation d'effets indésirables est celui de la reine des prés ou du saule blanc qui contient des dérivés salicylés, d'une toxicité gastrique plus importante que l'aspirine si on les prend de manière isolée. On pourrait dès lors dire : "Ahh, non, il ne faut pas utiliser ces remèdes, gros risques d'ulcères". Pourtant, il existe d'autres composés dans la plante qui protègent l'estomac contre cette action acide, rendant caduque la précédente affirmation.

Pour ce qui est des effets synergiques qui augmenteraient l'effet du composé principal, prenons le cas tout simple du millepertuis. Etudes scientifiques à l'appui, voilà un remède contre la dépression que personne ne remettra en cause. Ah, mais quelle est donc la molécule qui procure cet effet fantastique à cette plante ? Mystère : aucune, et toutes. Si on isole les différentes molécules contenues dans la plante, on a beau les tester une par une, aucune ne rend compte de l'effet rendu par le millepertuis, seul l'association le permet.

Enfin, concernant la volonté de n'utiliser qu'une molécule unique, et dans le cas qui nous intéresse de purifier à l’extrême les composés issus des plantes, un exemple me semble intéressant : celui de la quinine. Voilà le remède contre le paludisme le plus efficace. Peu de résistance existent et il est donné en perfusion IV dans le cas de neuropauldisme. Etant utilisé le moins souvent possible, les résistances ne se développent pas autant, mais elles émergent. Anecdote que je tiens d'un de mes profs de parasitologie médicale, il y avait beaucoup moins voire pas de résistance qui émergeaient lorsqu'on ne disposait pas de moyen de purifier à l'extrême la quinine. La conclusion qui s'impose me semble évidente : les multiples composés opèrent une action d'ensemble sur le parasite, interdisant à une unique mutation de se protéger de l'effet de tous les composés en même temps. Dès lors, pourquoi ne pas utiliser des extraits de quinquina titrés à un pourcentage de quinine requis ? Cela pourrait se faire de manière simple, puisqu'il est de règle de titrer les préparations phytothérapiques par la molécule traceur. Je n'ai pas la réponse à ma question à part que cela était "bien joli et romantique mais  ce n'est pas faisable si simplement"... Réponse douteuse pour les raisons sus-citées.