Je n’ai que trop tardé à rendre justice à cet auteur formidable qu’est Robin Hobb. Je crois pouvoir affirmer que de tous les romans de Fantasy que j’ai lu (et je peux vous assurer que j’en ai lu beaucoup), ses livres, en particulier ceux se déroulant dans le Royaume des Anciens, sont de loin les plus remarquables. Vous ne trouverez pas dans ces livres de magies extravagantes, de boule de feu à la « Donjons et Dragon », d’éclairs purificateurs dignes de Rand al’Thor (La Roue du Temps- Robert Jordan, saga de qualité également), mais une magie de l’esprit, bien plus subtile et au final plus intéressante à découvrir. Se mêlent à cela un bois magique, le bois-sorcier, ayant la faculté de s’éveiller. Robin Hobb a réussi à construire un monde de grande cohérence où les personnages sont extrêmement creusés, très énervants par moments, fantastiques et attachants à d’autres, mais ce ne sont jamais les héros sans peurs et sans reproches d’une prophétie écrite depuis des milliers d’années ou les anti-héros qui sauvent le monde en gros rebels et ceci malgré eux. Non, ce sont plutôt des personnages têtus, résolus ou hésitants, pris dans les méandres des intrigues, tentant tant bien que mal de tirer leur épingle du jeu avec plus ou moins de succès et qui devront travailler et sacrifier plus que l’on ne peut en demander décemment à quelqu’un pour faire ce qui doit être fait. Mais arrêtons nous là, et détaillons un peu le monde et les différentes histoires sans gâcher les plaisir de la lecture.

Robin Hobb a écrit trois trilogies (en version anglaise, ce qui se traduit par un nombre variables de livres en français) :

-          L’assassin royal (The Farseer Trilogy)

-          Les aventuriers de la mer (The Liveship Traders Trilogy)

-          La suite de l’assassin royal (The Tawny Man Trilogy)

Ces trois trilogies sont à lire dans l’ordre énoncé. En effet, il s’agit de l’ordre chronologique des évènements du monde. La première et la troisième se situent au royaume des Six-Duchés et mettent en scène FitzChevalerie, un bâtard royal qui par sa naissance aura hérité de la magie royale, l’Art mais aussi d’une magie odieuse et animale, le Vif. Son père renoncera au trône devant le scandale de sa naissance. Il sera alors élevé par Burrich, homme droit, têtu, aux idées bien arrêtées et au caractère bien trempé. Fitz sera très vite utilisé par la couronne pour exécuter ses basses œuvres et se trouvera pris dans le tourbillon des intrigues de Castelcerf, capitale des Six-Duchés. Cette histoire est écrite sous la forme d’un journal que viennent ponctuer des extraits de manuscrits rédigés par d’autres personnages.

Je ne vous en dis pas plus sur cette trilogie pour ne rien gâcher. La troisième trilogie se déroule quinze ans plus tard. Fitz reçoit la visite de son ancien mentor et de son meilleur ami pour se retrouver de nouveau plongé dans les intrigues du pouvoir et assister le prince Devoir dans sa quête. On retrouve un Fitz agaçant, un peu niais, à toujours éviter de se mouiller, à avoir peur de son ombre et des conséquences de ses actes. Il semble obsédé par la protection de ses proches, ne semble plus se rendre compte qu’il a lui aussi a le droit de vivre et que les risques font partie de la vie. Il n’a plus l’étincelle qui lui permettrait de passer à l’acte plutôt que de rester spectateur de son malheur. Mais ses aventures resteront palpitantes. On retrouvera avec plaisir des personnages de la première trilogie, ces personnages qui ont fait le bonheur de Fitz pendant ses jeunes années.

La seconde trilogie, à lire entre les deux cycles de l’Assassin Royal se déroule à Terrilville et dans le désert des Pluies, contrée qui se situe au Sud de la Chalcède, qui jouxte le duché le plus au sud des Six-Duchés. C’est dans cette saga que l’on découvre la famille Vestrit, famille de marchands de Terrilville qui possède une vivenef, navire construit en bois sorcier et devant s’éveiller à l’issu de trois morts successifs de membres de la famille sur son pont. On découvre que les légendes des serpents de mer sont en train de devenir réalité. L’on en apprend plus sur les anciens et leurs mystérieuses citées, sur les dragons ce qui en fait un passage obligé pour comprendre ce qui est raconté dans le deuxième cycle de l’Assassin royal, d’autant que certains personnages y interviennent et que tout une incompréhension s’installe si l’on ne sait pas de qui il s’agit. Un seul personnage apparaît de manière continue dans toues les trilogies, c’est le Fou, meilleur ami de Fitz et prophète.

En lisant ces livres, en particulier ceux mettant en acène FitzChevalerie, je me suis retrouvé dans un royaume de rêves, mais si ce n’était que cela, rien n’aurait justifié que je la considère comme la meilleure œuvre de Fantasy qu’il m’ait été donné de lire. Non, la qualité du travail de Robin Hobb vient de sa manière improbable de nous faire entrer dans la petite vie du personnage jusqu’à ce qu’on la considère comme nôtre. Bien que ceci en agace certains, car il s’agit de temps morts dans l’avancée de l’histoire, cela fait partie des éléments que j’ai le plus apprécié. Le héro, Fitz, ne se contentait pas d’être le héro. Il était un homme avec une vie, des passions, un travail et elle nous le faisait partager, ce qui à mes yeux apporte toute la valeur à son œuvre sur les Six-Duchés. Elle allait même plus loin puisqu’elle nous faisait partager toutes ses interrogations, ses errements, ses introspections en quelques sortes, et ceci de manière très approfondie. Cela rendait le personnage si riche que l’on pouvait presque penser à sa place.

Ce qui, en revanche, a emporté ma profonde adhésion et mon admiration la plus totale pour l’œuvre est la précision et l’ardeur qu’elle a mis à décrire les systèmes magiques existants dans le monde des anciens. Ainsi, il ne s’agit pas d’un vulgaire : « Et il projeta son Art sur un tel et le lia à tout jamais à lui » Mais plutôt : « Il abaissa ses murailles d’Art et résista à la tentation incessante de se laisser immerger par le courant impétueux de magie qui  courait à la frontière de son esprit. Il chercha à percevoir la présence de un tel, et une fois qu’il la perçut, se jeta sur lui, tentant d’enfoncer les murailles qu’il avait dressé en protection. Elles étaient trop solides. Il tâtonna, tentant de trouver une faille jusqu’à ce qu’il repère un passage dans lequel il s’engouffra. Il s’enroula alors autour de son esprit, tel un serpent qui enserre sa proie, le liant définitivement à lui. ». J’ai tenté tant bien que mal de retranscrire la manière dont elle aurait décrit la chose, mais rien ne vaut l’original.  Retenons que les processus mentaux par lequel la magie fonctionne sont si bien décrits, que l’on pourrait les pratiquer nous-mêmes. Les images se forment qu’on le veuille ou non, et au final, en lisant ces livres, si l’on possédait l’Art, nous saurions artiser. La force des détails dévoilés ici ne me sont jamais apparut dans aucun autre roman et c’est sans conteste cela qui m’a fait définitivement basculé de simple fan au statut de groupie.

Enfin, une chose des plus plaisante également à mon gout, c’est que ce monde n’est pas peuplé d’une multitude de races non humaines (elfes, nains, gnomes…) dont certains auteurs se sentent obligés de se parer pour donner corps à leur histoire. Il y a les hommes, et c’est tout (ou à peu près). Les descriptions du monde sont suffisamment précises pour que l’on soit totalement immergés et qu’il se dessine au cours de la lecture.

Robin Hobb écrit actuellement une quatrième trilogie, à moins que ce ne soit une duologie se déroulant de nouveau dans le désert des Pluies, à la suite de la deuxième saga de l’Assassin royal.